13 janvier 2013

Dîner entre amis


Jeudi 10 Janvier

Hier, c'était le jour de notre petit déjeuner mensuel de club Loisirs et Découvertes. Une fois les enfants à l'école, direction la base. Comme la fois précédente, ça caquète dans tous les coins, on se croirait en boîte, il faut parler fort pour s'entendre. Je suis embarquée par Patricia, jamais en manque d'histoires et d'anecdotes à raconter. Epiphanie oblige, ce petit déjeuner sera sur le thème de la galette des rois. C'est dommage, elle n'est pas spéciale, ça manque de fourrage frangipane, elle est surtout "huileuse". J'en profite quand même pour récupérer une fève pour la collection de Geoffrey. A 9h15, le top départ des inscriptions est donné. J'ai de la chance, je peux faire tout ce que j'avais programmé : atelier "viennoiseries" dans le palace de la ville le 15 (et qui va profiter ensuite de mon savoir-faire ? Qui ?), matinée massage mains et pieds, piscine et petit déjeuner  toujours au Kempinski le 23, et découverte du petit déjeuner traditionnel éthiopien dans un restaurant  proche de la maison le 5 février. Ce mois-ci c'est vraiment thème gourmand ! Il est vrai que les sections "cuisine" et "petit déjeuner en ville" ont toujours beaucoup de succès. Me voilà rassurée, je ne suis pas la seule gourmande ! Certains cours de cuisine sont chez l'habitant (population locale), et même certaines fois chez l'un ou l'une d'entre nous, quand nous avons de quoi proposer. Une de mes connaissances, qui est Méxicaine, a fait un tel atelier chez elle pour faire découvrir un petit déjeuner traditionnel de son pays. Retour à la maison pour mon  jour de ménage de la semaine (invités de demain oblige). Et ce soir, direction le cinéma plein air pour notre séance, au programme, Tintin le film. Sympa.

Ce matin jeudi,  c'est détour par la boulangerie, il faut acheter du pain pour ce soir. Celle à côté des télécoms fait de gros pains, très bons, et qui ont l'avantage se bien se garder, ce qui, vu le climat, est un exploit. Raf m'avait dit de ne pas y aller trop tard, ça part vite. En bonne épouse de militaire, bien disciplinée, j'écoute, et je m'y rends avec les enfants peu après 8h. Le comptoir est vide (déjà tout vendu ?), pas de lumière ! Deux dames arrivent, ne parlant pas bien français et me demandent ce que je veux. Je leur répond, et là, une des deux saisit mon Geoffrey par la main, et l'amène dans l'arrière-boutique pour lui monter les pains qui cuisent dans le four. Ca amuse les enfants et les fait patienter le temps de la fin de cuisson qui ne tarde pas. A la sortie, je me fais interpeller par le vendeur de vannerie, et je prends enfin le temps de m'arrêter, de regarder ses articles, ..... et d'acheter. Depuis le temps que je refusais, remettant toujours à plus tard ! Il en profite pour me montrer toutes les choses qu'il vend, et repart même me chercher (en vélo) les nattes de plage qui m'intéressent. Elles sont presque trop jolies pour la plage, colorées et avec des motifs, et en plus, la plage a tout intérêt à être soit très grande, soit déserte, car ce qu'il me propose est en taille 3XL, pour y mettre toute la famille (et même tout le matériel). Je prends note des prix, il y a des articles que j'achèterai une prochaine fois.

C'est donc ce soir que nous recevons les collègues de Raf et leur épouses, pour les remercier d'avoir bien pris soin de lui depuis son arrivée (et en mon absence). Il y a Philippe et Patricia, Geneviève (ma compatriote de Saverne) et son mari Patrick, Jean-Louis (notre prof de danse) et Bruno et Caroline. Ce sont les hommes qui sont collègues, travaillant tous dans le même bureau. Nous avons prévu une sorte d'apéritif dînatoire-buffet, sous forme de découverte et dégustation de spécialités alsaciennes (il parait que les collègues sont très intrigués car ils ne savent pas ce que nous préparons). Ce qui n'a pas été sans mal à l'élaboration du menu, qui a dû être en partie changé en cours de route, par manque d'ingrédients. Pas moyen de trouver du munster (par contre du maroilles et des fromages basques, ça oui) et encore moins du cervelas. Donc re-courses pour le nouveau menu avec les plats de secours. Et une fois fini, Raf trouve que ce n'est pas assez, re-re-courses pour acheter et faire des plats en plus (nous ne voudrions pas que nos invités sortent de chez nous en ayant encore faim et soient obligés de s'acheter un kébab éthiopien pour se caler).  Au final, nous servirons : tarte flambée, tarte à l'oignon, quiche lorraine, quiche aux asperges, tarte à la choucroute, salade de pommes de terre avec saucisses de Strasbourg, pommes de terre et bibeleskäs, salades d'oeufs durs et de gruyère, et en dessert, tarte au fromage blanc, aux pommes à l'alsacienne et gâteau de santé. Moi rien que de lire cette liste, j'ai le ventre qui est plein ! Le tout sera servi en alsacien, non ce n'est pas moi qui vais parler le dialecte, mais nous allons mettre des étiquettes sur les plats avec le nom de chaque spécialité en alsacien. Nous avons également prévu de passer un diaporama avec des photos d'Alsace (gastronomie, monuments, gens célèbres, artisanat,...), c'est moi qui suis allée chercher les photos sur le net, et qui ai découvert, médusée, deux photos de moi lors de ma première soirée  (issues de mon blog) lorsque j'ai tapé le mot "choucroute" dans google !  C'était effectivement pour la soirée choucroute organisée au Héron (et non pas pour désigner ce qui me sert de coiffure, à cette époque, je venais d'arriver, j'étais encore bien coiffée). Ca m'a fait un drôle d'effet, et pour tout vous dire, ça fait un peu peur. Big Brother sait tout, et voit tout ! Nous allons aussi faire un petit jeu et faire lire à nos invités quelques dictons et proverbes, toujours en alsacien. Ca promet de grands moments de fou-rires je pense. J'en ai trouvé des sympas, qui devraient plaire, entre autre,  à mon amie Viviane, qui sont soit imagés, soit qui ont le sens pratique bien connu des alsaciens : "un chien mort ne mord plus" (ben oui Monsieur Lapalisse), "d'un poirier il ne tombe pas de pomme" (Monsieur Lapalisse, le retour), "si ça te démange, gratte-toi" (je vous l'avez dit, la logique et le sens pratique des alsaciens dans toute leur splendeur). Du coup, je me suis prise à regarder un peu les autres pays, et j'ai trouvé le jumeau africain de mon proverbe alsacien préféré qui parle de fesses qu'on passe par la fenêtre....(clin d'oeil à maman et Sandrine, elles comprendront de quoi je parle): "on a beau dissimuler ses excréments au fond de l'eau, ils finissent toujours par remonter à la surface".  Amis de la poésie, bonsoir !


Ca y est, nous y sommes, la soirée va pouvoir démarrer.  A l’heure, Geneviève et Patrick, puis Bruno et Caroline, Patricia et Philippe (déjà bien dans la zone de dépassement du ¼ h djiboutien) et Jean-Louis. Nous faisons défiler sur l’écran le diaporama « Alsace » que j’ai préparé tout en dégustant l’apéritif. Nos invités sont sûrement un peu intrigués, pas de cacahuètes ou de chips à grignoter avec. A la place, je ramène une plaque de tarte flambée pour commencer notre voyage culinaire au pays des cigognes. C’est une première pour moi, je n’en ai jamais fait. La pâte mériterait d’être un peu plus fine, mais la préparation  est  bonne.  Afin « d’embêter » un peu Philippe, dont les goûts musicaux ne sont pas ceux de Raf (il affectionne particulièrement « la grande chanson française » comme disent les connaisseurs, et fait tourner en boucle au bureau les Aznavour, Trenet,..), il lui passe du folklore alsacien. Les yeux sont braqués sur Jean-Louis, ça le démange, les jambes tressaillent légèrement, mais coincé entre Patrick et Patricia, il reste assis, et laisse son  « moi » prof de danse  en mode veille. La soirée est bien animée, c’est le moment que choisi Raf pour lancer un petit jeu. Afin de se « venger » des expressions (souvent ch’ti) que Philippe (encore lui) et Jean-Louis lui balancent toute la journée au bureau (quels déconneurs ces deux-là) accompagnées de « tu veux qu’on te l’explique celle-là aussi ? », Raf décide de les tester dans une autre langue. Chacun lance le dé, et doit lire  l’expression correspondante, qui est bien entendu marquée en alsacien  (avec quand même la traduction en français en-dessous). Ce qui a donné de bons moments de fou-rires, avec des langues qui ont fourché, des « mais comment on prononce 3 consommes à la suite, c’est juste impossible », …..Je vois l’œil qui Raf qui brille, il se marre en douce et savoure sa petite « vengeance ». Je commence à ramener tous les plats sur la table et  j’installe le buffet. J’ai donc étiqueté chaque spécialité, mais uniquement en alsacien. Mais comme je suis une maîtresse de maison gentille et soucieuse de ses invités (LOL), je donne quelques explications avant de donner le top départ.  C’est convivial, chacun prend ce qu’il veut, et mange à son rythme. Idem pour le dessert. Jean-Louis est ravi, il peut enfin goûter à la tarte au fromage blanc dont il rêvait, mais sous le coup de l’émotion, il me confond les raisins secs avec des lardons ! Tsss Tsss Tsss !  Ou alors c’est le deuxième effet « poire » car oui, nous avons fait péter la poire ! J’ouvre les petits présents qui m’ont été offerts : une boîte à bijoux gigogne en bois avec des éléphants dorés (il reste juste à la remplir, pas vrai Raf ? La petite boutique derrière le Nougaprix, tu sais où la dame fait des parures en pierres ?!), une girafe en bois, un chemin de table avec la croix traditionnelle éthiopienne, un DVD et une jolie bouteille décorative avec des couches successives de légumes secs à l’intérieur. Me voilà gâtée ! La soirée se termine, je ne reçois que des compliments sur la cuisine et l’organisation, tout le monde était ravi, découverte pour les uns et piqûre de rappel pour les autres. C’est le moment de savourer un repos bien mérité et de laisser retomber la pression. Bonne nuit tout le monde.

P.S. : désolée, pas de photos de la soirée, l'appareil de Geoffrey ne veut plus ni faire de photos, ni de vidéos ! Nous voilà bien aidés, je suis verte, j'avais fait pas mal de clichés, eh bien, nada ! Il faudra donc faire marcher votre imagination pour ce qui est du buffet qui vous faisait saliver (je sais que c'est ce qui vous intéresse en priorité, petits gourmands que vous êtes)  !

10 janvier 2013

Petits tracas


Mercredi 9 Janvier


Coucou me revoilà, après quelques jours de silence, rien de bien passionnant à raconter. Mais ça ne signifie pas qu'il ne se soit rien passé. Ici, c'est un petite aventure par jour, ou presque. Je ne suis pas sortie les derniers jours, ce sont donc des mésaventures domestiques qui me sont arrivées ! Tout a commencé avec l'Epiphanie, je suis contente, la boulangerie-pâtisserie du Casino  vend des galettes des rois (en bonne mamie que je suis, j'avais quand même ramené une fève de France pour en faire une "maison" au cas où). J'en prend une frangipane, elle a l'air sympa. Et elle l'est. Je dis avant de la couper que si je suis la reine, je souhaite que les garçons fassent la vaisselle (en plus il y a de quoi faire,  j'avais la flemme de la faire hier soir, vous voyez le tableau). Tout va bien, pour une fois je ne coupe pas dessus ! Chacun sa part, et je tombe direct dessus. Quelle chance, je me dis. Eh bien croyez le ou non, ils ont dit que j'avais triché, et que je l'avais touché en coupant. Du coup me voilà couronnée, mais quand même seule dans la cuisine avec ma montagne de vaisselle !!  Sale temps pour la Monarchie ! On ne respecte plus rien ! Je crois que tous les petits soucis des jours suivants ont découlé de là ! On parle de la malédiction de Toutankhamon, on pourrait aussi parler de celle de la Reine Victoria ! Mes toilettes ont connu des soucis d'écoulement pendant 2 jours, avec remontées (je vous fais grâce des détails, moi j'ai eu l'image et l'odeur, je ne le souhaite pas à mes pires ennemis). Et hop, Isa court dans les magasins pour chercher un déboucheur de toilettes. L'opération est délicate, je suis gantée et masquée (j'aurais bien voulu avoir aussi les yeux bandés pour ne pas tourner de l'oeil), je mets le produit, et j'attends. Rien, je renouvelle la manoeuvre. Pas plus de succès ! Comme tout en Afrique, la solution ne viendra pas de la technologie, mais d'un simple bâton recourbé qui m'a dégagé l'évacuation. Bis répétita le lendemain, mais avec mon entraînement de la veille, "finger in the nose" !! Là-dessus nous enchaînons avec une coupure de jus hier pendant que ma machine à laver tournait (sinon ce n'est pas drôle), résultat, elle n'a pas essorée, et lorsque j'ai ouvert le hublot, j'ai eu droit à une piscine à débordement. Floc Floc Floc !! En pleine préparation des plats que je vais servir à mes invités de jeudi, la bouteille de gaz est vide, laissant mes tartes toutes bêtes dans le four, entre couleur "Alsace" et "Côte d'Azur" ! Bon je dois tout laisser en plan et partir chercher le précieux sésame, tout en vous précisant que j'avais fait mes courses dans ce magasin le matin même ! Alors de deux choses l'une : le vendeur va se dire soit que j'ai Alzheimer, soit qu'il m'a tapé dans l'oeil ! Donc dans les deux cas, "I perd on the deux tableaux", comme dirait notre ami De Funès dans la Grande Vadrouille !! Allez, je vois que ça vous plait, alors je continue, car non, ce n'est pas fini ! Mon fer à repasser (dans lequel j'ai eu la grande imprudence de mettre de l'eau du robinet, n'ayant plus d'eau déminéralisée) se met à salir mes vêtements (qui n'avaient vraiment pas besoin de ça en plus) avec des traînées jaunâtres et collantes et à cracher de minuscules cristaux de sel ! Entre ça et ma chantilly qui tourne, je sais faire du beurre 1/2 sel !! Youpi !! RE-coupure d'électricité ce matin, couplée à coupure d'eau (celle là ça faisait longtemps, j'avais presque oublié. Mais j'avais mes petites réserves cette fois-ci). Et toujours ma machine à laver qui tourne (sinon ce n'est toujours pas drôle). Mais ce coup-ci, pas de coup en traître, mon "côté blonde" (pardon les blondes) n'avait pas vu que j'avais un programme essorage sur la machine. Ah ah, encore une fois l'homme (la femme) triomphe de la machine ! Je m'inquiète quand même un peu pour mon congélateur qui est plein à craquer avec les plats de jeudi. Grand moment de solitude. "Allô, S.O.S. amitiés ?". "Anytime you need a friend, I will be here, You'll never be alone again, So don't you fear, Even if you're miles away, I'm by your side, So don't you ever be lonely, Love will make it alright" (maman, tu demanderas la traduction à Sandrine, et Domy, c'est pour réviser votre anglais). Merci Mariah pour ces paroles réconfortantes. Le salut va venir au bout d'une heure, deux camionnettes de militaires français s'arrêtent sous mes fenêtres, et remettent tout en ordre. Plusieurs heures sans incident, ça y est, la scoumoune est partie. Mais non, elle revient faire un tour (je sais, je suis une personne attachante, on a du mal à se séparer de moi). Je tente de recharger ma clé 3G en suivant les instructions inscrites au dos de la carte, qui ne correspondent pas à ce que dit l'opératrice du service internet, qui ne correspond pas non plus à la réalité. Super Raf vient à la rescousse et me rappelle qu'il y a un mémo à ce sujet dans l'ordi (me voilà prise en faute,  penaude comme une petite fille, ou pire, comme une secrétaire devant son patron, "alors, vous n'avez pas lu le mémo ?"). Soupir !! C'était le dernier de la soirée (le dernier tout court je l'espère, je suis épuisée). Raf est parti, il y a une soirée dans un restaurant, organisée par les promus au tableau, donc 50% militaires et 50% leurs époux et épouses. Plus des "huiles"  (général combien d'étoiles ?). Open bar et petits en-cas à volonté. Malheureusement, sans les enfants. Me voilà donc devant l'ordi à écrire tout en écoutant de la musique. C'est pas mal non plus. Je découvre tout ce que j'ai en mémoire, c'est cool ! Dans celle de l'ordinateur, et dans la mienne aussi. Oups, si seulement j'arrivais à me souvenir de tout ce qu'on me dit aussi bien que des paroles de chanson ! Mémoire sélective ! Il faut juste se concentrer un peu, mais c'est faisable, chanter et danser sur sa chaise tout en écrivant son blog. J'espère juste que personne ne me voit par la fenêtre. Oh, et puis je ne suis plus à une honte près ! Comme dirait une célèbre publicité, "C'est bon la honte" !  Allez, je vous souhaite une bonne soirée.

04 janvier 2013

Soirée en ville


Jeudi 3 Janvier

Ce soir, nous sortons. Tenue correcte et bonnes chaussures demandées. Direction le centre-ville de Djibouti. Nous garons la voiture place Ménélik (sans aucun rapport avec le chanteur), et les chouffs se précipitent pour nous la garder. Le ton monte un peu entre 2 qui ont l’air de se disputer qui sera notre gardien (je ne saisis toujours pas la langue, mais au son de la voix, on comprend que ça part en cacahuètes). Raf était sur le point de descendre de la voiture, la porte était déjà entre ouverte, mais le voilà coincé par les 2 hommes pas décidés à bouger. Et là on se regarde, attendant que ça se passe.Ca y est, nous sommes libres, ils sont d’accord ! Première étape, nous allons chez Mahad, boire un jus de fruit frais. Il fait nuit noire, nous passons par les « caisses » (sorte de marché) avec des étals et des boutiques les unes à côté de autres. Quelques objets africains (statuettes, masques,…), beaucoup d’habits (t-shirts de foot contrefaits en majorité, relativement peu de tenues locales), des chaussures (euh taille Cendrillon, il n’y a rien au-dessus de 38, et sachant qu’ici avec la chaleur, on gagne en général une pointure, celles qui ont les pieds des  belles-sœurs de Cendrillon ne peuvent porter que les cartons des chaussures !!).  Peu de monde (selon les critères africains) qui se promènent encore (il est 19h30). De nombreux vendeurs ambulants nous accostent de toute part  tout le long du chemin.  Nous voici arrivés chez Mahad. Nous nous installons sur la « terrasse » située sur une sorte de trottoir surélevé. Nous sommes assis sur des tabourets, un peu trop près à mon goût de la chaussée (j’ai peur qu’en reculant le tabouret, je me retrouve sur la route quelques centimètres plus bas).C’est ici que l’on trouve les meilleurs jus de fruits de Djibouti.
Tout est frais, et préparé à la demande. Il y a une carte avec des mélanges déjà existants, mais on peut composer son jus comme on  veut. On remplit la feuille avec notre choix. Pour les garçons et moi ce sera : orange + citron + carotte. Raf lui prend : orange + citron + kiwi. Les jus sont servis dans des verres avec glaçons et paille (nous avons choisi des 50cl, c’est déjà bien suffisant pour cette fois-ci). C’est délicieux, ça se boit facilement. Celui de Raf est un peu trop acide à mon goût, mais le mien est juste bien dosé. Mais que serait une dégustation sans les vendeurs de la rue, leur blabla et leur marchandise. Le nôtre est bien corsé, Raf le connait, il revient à la charge à chaque fois que Raf vient ici, et quel que soit l’endroit où il s’assoit. Il est sympa mais un peu insistant. Au bout de 5 longues minutes, il part à la table à côté où il fait des affaires   (à l’entendre, c’est nous qui en faisons).

C’est l’heure de rejoindre le restaurant un peu plus loin. Il s’agit de la Fontaine, un restaurant local. Nous entrons dans un immeuble, il faut monter plusieurs étages. C’est en fait un immeuble d’habitations, et au dernier étage, l’appartement a été transformé en terrasse pour y installer un restaurant (c’est original). Spécialité : cuisine éthiopienne et yéménite.  Il y a du monde, le restaurant est plein, il y a une file d’attente. Nous sommes bien sur une terrasse, la ville est à nos pieds. D’un côté il y a la cuisine, où nous pouvons voir les femmes tout préparer (et chapeau à elles d’arriver à cuisiner à 5 dans un si petit espace). Chacune a un rôle bien défini : une pour s’occuper des jus de fruits, une qui cuit les galettes au four, une qui s’occupe des préparations. C’est une vraie ruche, les serveurs courent dans tous les sens. Au fond du restaurant, il y a le monsieur qui s’occupe d’un type de plat particulier, et que nous observons le temps d’avoir une table. Il prépare, fait cuire et coupe à la machette les galettes en tout petits morceaux. Et bien entendu, il y a le petit espace dévolu à la préparation du café et du chai, toujours dressé de la même façon. Nous sommes assis, Raf passe la commande, enfin si on veut, car ici, ce ne sont pas les serveurs qui notent la commande sur le carnet, mais les clients (donc réduction sur la note puisque nous faisons une partie du travail ?). Raf nous commande 3 « fatira » de poulet (le restaurant est connu pour ce plat). Et là, une longue, très longue attente commence. Je vois bien qu’il y a du monde, et que les serveurs et les cuisinières ne chôment pas, mais bon, au final, nous aurons attendu notre plat 1 heure !  Pendant ce laps de temps, il y a de quoi observer. Je découvre surprise que de nombreuses femmes djiboutiennes sortent entre elles, sans les maris (il paraît que c’est courant, les hommes ne sortent pas trop). De nombreux européens fréquentent ce restaurant (dont pas mal  de militaires, c’est leur jour de sortie, comme ils ne travaillent pas le vendredi). Et je découvre, effarée, certains français aller se servir des boissons directement dans le frigo qui est au milieu de la salle, sans même demander aux serveurs, donner de l’argent pour être servi plus vite ou encore resquiller la fille d’attente en passant sur le côté ! Mais le pompon revient  à un groupe de 3 personnes qui, après avoir « fraudé » dans la file, donné un bakchich pour avoir une table, se permet de goûter une galette dans l’assiette de clients à peine partis sous prétexte de savoir comment ça se nomme !!  Encore une fois, et sans même avoir absorbé de khat, j’hallucine tout bonnement !! Quel manque de savoir-vivre. Sans être une fan des livres de Nadine de Rotschild, je trouve qu’il y a un minimum de respect à avoir.  C’est à cause de gens comme ça que nous avons parfois mauvaise réputation ! Bref !! Le jus de fruit bu un peu plutôt commence à faire effet, et c’est en catimini que je demande à Raf s’il sait où sont les toilettes ? Et là sa réponse me crispe et jette un froid : « je t’avais dit qu’il n’y a pas de toilettes, c’est un restaurant local, ça va arriver plus d’une fois là où je vais t’emmener, il faut te retenir ». Et moi « mais les gens qui travaillent ici, et les clients ? En France,  tout endroit qui reçoit une clientèle doit avoir des toilettes ». Et lui « nous ne sommes pas en France, tu n’as toujours pas compris ? Les gens font dans la rue, tu verras ça souvent ». Aïe ! D’un coup je suis muette comme une carpe  (et vous me connaissez, il en faut pour me faire taire) et prise (intérieurement pour l’instant) de panique !!  Se retenir, oui, mais un temps seulement. Au bout d’un moment, ça ne va plus être possible ! On dit bien que les filles sont des « pisseuses », ce n’est pas pour rien ! Je tourne la tête partout, pas de petit écriteau (en même temps, je ne sais pas pourquoi  j’en cherche, je ne m’attendais pas à en voir un). Je remarque un petit renfoncement dans un coin du restaurant. Je vais voir, au pire c’est une réserve. Eh non, ce sont les toilettes. Enfin, c’est un bien grand mot, mais peu importe, je suis sauvée !! C’était vite dit ! Un premier coin avec une sorte de lavabo, mais tout de même du gel pour se laver les mains, puis le coin urinoir (je devrais dire le recoin, il ne fallait pas être épais pour y tenir de face, je ne sais pas comment font les baraqués pour y faire de profil) et enfin le coin pour les dames, avec porte rouge rouille. Toilettes à la turque, bon je m’y attendais (merci Raf de m’avoir dit de mettre des chaussures fermées), mais pas de papier toilette, et pas de chasse d’eau. Celle-ci est remplacée par un seau et un petit gobelet. Il faut donc aller chercher le gobelet dans le seau, remplir d’eau, et verser dans les toilettes. A la bonne franquette ! Nos assiettes arrivent (enfin) et elles sont bien garnies. Comme Raf nous résume bien, ça fait entrée, plat et dessert.  Nous avons le poulet coupé très petit, salade,  oignons, tomates, galette, bananes, sauce blanche (très douce un peu genre celle du kébab), sauce rouge (plus pimentée), et quelques frites. Le mélange avec les bananes peut paraître détonant, mais non, bien au contraire, ça se marie très bien. C’est délicieux ! Au final, nous avons mangé à 4 ces 3 assiettes + 1 grande bouteille d’eau  pour 2300 FDJ, soit à peine 10€. Que demander de plus, à ce prix là, il serait malvenu de râler pour l’attente ! !



Nous redescendons, les rues sont bien plus animées, ça klaxonne à tout va, les policiers jouent du sifflet, ça discute, ça fait des affaires, ça mange,… En 2 mots, ça revit ! Le contraste est saisissant avec quelques heures plus tôt. Direction le fameux glacier  de Djibouti que Raf m’avait fait connaître quelques semaines plus tôt, pour notre petit dessert.  Il est 22 heures passées, mais il est encore ouvert.  Un petit groupe de 4 Japonais commande, la jeune femme tombe en admiration devant Gabriel qu’elle trouve « handsome » (mignon) et nous échangeons quelques mots en anglais sous les yeux interrogateurs de Raf qui ne capte pas grand-chose. Nous prenons un cornet avec une boule de glace parfum nutella pour chacun des garçons, Raf prend 2 boules dans un petit pot, saveur 
« biscotto » (biscotte, comme il m’a dit la première fois. LOL !!), et moi  je prends café et menthe. Un délice.  Voilà une soirée qui se termine bien, tout en gourmandise.